La loi de Séparation de l'Eglises et de l'Etat, promulguée le 9 décembre 1905. Stenay - et la France - vécut alors une longue période de troubles entre Républicains et Catholiques.
Mais la loi de Séparation fut précédée de nombreux évènements et la population connut de longues tensions bien avant promulgation de la loi.
La ville était alors littéralement coupée en deux et les habitants participaient régulièrement à de nombreuses manifestations. Ces conflits durèrent pendant plusieurs années et ne cessèrent vraiment qu'avec la guerre.
L'influence du parti républicain était importante à Stenay depuis environ 1880, et elle s'amplifia avec les lois Jules Ferry sur l'enseignement, qui laïcisèrent progressivement les écoles de Stenay jusqu'en 1904 (départ des sœurs le 30 juillet).
La célèbre loi de 1901 sur les associations prépara également la Séparation. A partir du début du siècle, la lutte entre le maire et le curé s'amplifia, avec par exemple l'interdiction de la procession de la Fête-Dieu, " pour éviter une contre-manifestation " ; l'arrêté municipal du 14 juin 1903 fut même proclamé à son de tambour dans toute la ville.
En 1904, les querelles devinrent permanentes contre les écoles libres, et le maire tenta même d'empêcher la pose d'une ligne téléphonique au presbytère ; il soutint aussi de nombreuses enquêtes sur les associations et les activités catholiques de la ville.
Les élections municipales de 1904 confirmèrent Jules Drappier, industriel et banquier âgé de 64 ans, qui siégeait au conseil depuis 1874 ; il fut maire de 1883 à 1887, puis à partir de 1892. Il fut donc réélu le 15 mai 1904, avec Edouard Poterlot (agent général d'assurances, âgé de 60 ans) comme premier adjoint ; la famille Drappier tenait en fait la mairie depuis plus de 50 ans.
Mais un incident avec une partie du conseil municipal le 4 septembre entraîna la démission de Drappier le 10, et il fut remplacé par Poterlot, élu maire le 27 novembre suivant.
Les séances suivantes furent souvent houleuses. Le nouveau maire était secondé dans les affaires religieuses par Henri Primard, conducteur des Ponts et Chaussées (qui deviendra deuxième adjoint en 1908). Ils avaient en face d'eux un curé très actif depuis son installation à Stenay en 1890. Monseigneur Mangin, né à Souilly en 1841, il portait des titres prestigieux comme prélat de la Maison de sa Sainteté (1906), protonotaire apostolique (1908).
On lui doit la construction du pensionnat Sainte-Marie, d'une maison d'œuvre, d'un gymnase…
Localement, un autre élément de tension vint s'ajouter à une situation délicate : la fermeture temporaire des Aciéries de la Meuse. Là aussi, le maire fut très dur avec les grévistes, interdisant même toute manifestation sur la voie publique (annonce du 31 mars 1905).
La loi sur les pompes funèbres (votée le 28 décembre 1901) fut appliquée à Stenay en mai 1905 : les enterrements furent dès lors effectués par la commune (qui reprit le corbillard) et non plus par la Fabrique . Le mois suivant (5 février) se déroula à Stenay l'inventaire des biens conservés dans l'église Saint-Grégoire, devant une centaine de personnes silencieuses.