La loi fut adoptée et promulguée le 9 décembre 1905. Elle se voulait une loi de tolérance,
établissant la liberté de conscience et une indépendance réciproque entre toutes les Eglises (Eglise catholique, cultes
réformés, judaïsme) et l'Etat. La loi créait entre autres des associations cultuelles pour gérer les biens religieux,
mais ces associations furent interdites par le Saint-Siège.
Conséquence : les biens de la paroisse de Stenay furent automatiquement repris par la commune (en particulier le
presbytère). D'autre part, la religion n'effectuait plus aucun service public (enterrements, sonnerie de cloches…).
Dès le 3 février 1906, le conseil municipal décida de ne pas aider financièrement le curé ni le culte à Stenay.
Suite à la loi du 2 janvier 1907 sur les presbytères, le bâtiment fut repris par la commune le 12 janvier. Le 26 janvier,
le maire obligea aussi le curé à n'utiliser qu'une seule sonnerie de cloches pour toutes les cérémonies
religieuses, et tout citoyen fut autorisé à procéder lui-même à des sonneries pour baptêmes, mariages et enterrements
religieux ou civils.
Le 11 mai 1907 le maire fit fermer deux des trois portes de l'église, puis il refusa de vendre dans un premier temps au curé une concession dans le cimetière (de crainte de voir s'y dérouler des manifestations religieuses).
Mgr Mangin fut chassé de l'église paroissiale le 13 août, jour de marché, dès la messe de 5h30, et remplacé aussitôt, sous la protection des gendarmes, par l'" l'abbé Constantin ", mis en place par le maire et l'association cultuelle. La messe du 15 août fut célébrée depuis une fenêtre du nouveau presbytère, sur la place de Justice devant 600 personnes.
Le maire réquisitionna l'armée mais le préfet n'envoya que quatre gendarmes, au lieu des dix demandés par le maire.
Les vêpres furent célébrées dans le parc du château des Tilleuls. Le 18 août, la population catholique se massa devant
l'église pour empêcher le prêtre " librement choisi " d'entrer dans l'église ; le maire fit à nouveau
appel à l'armée, en vain. Enfin, un jugement en référé du tribunal de Montmédy, le 24 août, demanda au maire de rendre
les clés de l'église au titulaire. Ce jugement fait encore aujourd'hui référence en cas d'occupation
d'église.
Une grande manifestation catholique fut alors organisée dans toute la ville le lendemain, veille de la fête patronale ;
l'armée se tint prête à intervenir sur ordre du préfet mais resta dans sa caserne. En effet, l'abbé schismatique
Constantin fut entre temps démasqué : c'était en fait un faux prêtre et un repris de justice qui quitta précipitamment
Stenay… Enfin, le 29 août 1907, la jouissance de l'église fut officiellement mais inutilement attribuée par le conseil
municipal à une "association cultuelle de la paroisse catholique de Stenay", représentée par son président,
Ernest Harteiser (menuisier de son état). Lors de la même séance fut adopté le changement de noms de nombreuses rues : des
héros locaux ou nationaux, y compris catholiques (Jeanne d'Arc par exemple) apparurent ainsi à Stenay.
Pendant cette période de troubles, les cérémonies religieuses furent célébrées à Stenay par abbé HAZARD ; c'est ainsi
que les baptêmes eurent lieu dans l'église paroissiale jusqu'au 19 août, puis à Cervisy les 24 août et 25 août ;
avec retour à Saint-Grégoire le même jour. Par contre, plusieurs enterrements furent célébrés par Constantin.

